On ne naît pas influenceur, on le devient. L’histoire regorge de figures capables de transformer durablement des sociétés entières, bien au-delà de leur discipline d’origine. Certains noms traversent les siècles, portés par l’écho de leurs idées ou de leurs innovations, tandis que d’autres restent méconnus malgré une influence considérable.
Les modes de transmission du savoir évoluent sans cesse, bouleversant les équilibres établis et ouvrant la voie à de nouveaux canaux d’apprentissage. Les relais d’influence d’hier n’ont plus grand-chose à voir avec ceux d’aujourd’hui, mais leur impact sur la diffusion des connaissances demeure central.
Des figures d’influence qui ont traversé les siècles
L’influence ne s’est pas éveillée avec Internet. Bien avant l’arrivée des écrans, elle écrivait déjà ses pages dans les livres d’histoire. Certaines personnalités sont devenues de véritables repères, indissociables de leur époque et toujours citées à titre d’exemple lorsque l’on évoque la puissance des idées ou le poids d’une image. Prenez Cléopâtre, souveraine d’Égypte, naviguant entre alliances et stratégies auprès de Jules César et Marc Antoine. Elle incarnait le pouvoir autant que la fascination, sa silhouette restant attachée à l’Égypte ancienne et à une diplomatie où le charisme valait bien une armée.
En France, l’influence a souvent emprunté les couloirs du pouvoir et les salons de la haute société. Louis XIII popularise la perruque masculine, qui devient rapidement un symbole de statut. Mme de Pompadour marque l’époque de Louis XV en imposant la mouche esthétique, accessoire qui, d’un simple détail, transforme le visage en manifeste social. Plus tard, Marie-Antoinette s’impose comme une référence du rococo, incarnant une mode à la française faite d’audace et de raffinement, propulsant l’extravagance au rang d’art.
L’influence ne s’arrête pas aux portes du pouvoir ou de la création artistique. Les sophistes grecs, à l’image de Protagoras, contestent Socrate sur l’usage du langage et du savoir. En France, les fous du roi comme Triboulet auprès de François Ier manient la satire pour toucher le cœur du pouvoir. Le XIXe siècle voit la presse prendre le relais, avec des voix comme Jules Vallès, fondateur de La Rue et Le Peuple, Maurice Barrès et Charles Maurras à La Cocarde, ou encore Émile Zola qui signe l’inoubliable J’accuse, marquant l’Affaire Dreyfus au fer rouge.
Il serait injuste d’oublier les crieurs publics, véritables ancêtres des médias modernes, qui propageaient les nouvelles officielles sur les places, donnant à la parole une force collective. Tous ces exemples dessinent une même ligne de force : l’influence façonne la société, subtilement, durablement.
Comment l’impact des influenceurs a façonné l’histoire et la société ?
L’empreinte de l’influenceur s’étend bien au-delà de la sphère numérique. De Cléopâtre à MrBeast, la capacité à orienter les comportements s’est adaptée aux contextes, sans jamais s’éteindre. Autrefois, les influenceurs historiques fédéraient des communautés restreintes, souvent privilégiées, dans les cercles du pouvoir ou à travers la presse. Aujourd’hui, l’influenceur digital s’adresse à des millions d’abonnés, bouleversant les usages et imposant de nouveaux styles de vie, parfois en un clic.
Les marques l’ont bien compris et misent sur cette force d’engagement pour élaborer leur stratégie marketing. Ce jeu d’alliances façonne les tendances, accélère la popularisation de nouveaux produits, et brouille de plus en plus la frontière entre communication institutionnelle et message personnel. La micro-influence, portée par des créateurs aux audiences ciblées, séduit les annonceurs par son efficacité et son authenticité, qualités particulièrement prisées par la jeune génération.
Mais au-delà du commerce, l’influence génère des communautés, fédère, rassemble et transforme la société. Les frontières entre sphère privée et espace public, entre culture, mode et économie deviennent perméables. Une règle demeure : toucher, convaincre, entraîner. Les outils changent, l’impact demeure.
Les nouveaux visages de l’influence dans l’éducation et la science
Rien n’illustre mieux la mutation de l’influence que la montée en puissance de la vulgarisation scientifique et de la médiation éducative. YouTube a révolutionné l’accès à la connaissance, offrant une scène mondiale à une nouvelle génération de pédagogues. Dr Nozman, Bruce Benamran (E-Penser), Doc Seven ou Benjamin Brillaud (Nota Bene) rassemblent des millions d’abonnés en démontrant que la rigueur scientifique peut rimer avec bonne humeur et créativité.
Voici quelques figures qui incarnent ce mouvement :
- Dr Nozman met en scène la biologie et la physique à travers des expériences aussi spectaculaires que pédagogiques.
- Nota Bene (avec Benjamin Brillaud) revisite l’histoire et sort de l’ombre des anecdotes oubliées.
- Dirty Biology (Léo Grasset) explore les mystères du vivant, en croisant sciences et culture populaire.
- Science étonnante (David Louapre) décortique les concepts scientifiques les plus complexes, les rendant limpides pour tous.
La science s’enseigne désormais en vidéos courtes, interactives, diffusées sur chaînes YouTube ou via les réseaux sociaux. Arnaud Thiry (AstronoGeek), Charlie Danger (Les revues du monde), Yvan Monka pour les maths ou Fabien Olicard en mentalisme, tous contribuent à cette effervescence. Leur point commun ? Créer autour du savoir des communautés enthousiastes, jeunes, curieuses de comprendre le monde. La vulgarisation devient ici un art, mêlant écriture, mise en scène, et narration. L’influence modèle alors un nouvel appétit pour l’esprit critique et l’apprentissage, reléguant les anciens codes de transmission aux oubliettes.
Explorer aujourd’hui les contenus pédagogiques : podcasts, vidéos et bien plus encore
Les contenus pédagogiques connaissent une véritable effervescence et investissent tous les supports numériques, avec une ambition planétaire. La vidéo règne en maître, propulsée par des plateformes comme YouTube, TikTok ou Twitch. Impossible d’ignorer MrBeast (Jimmy Donaldson), dont les défis spectaculaires et les scénarios hors norme fédèrent une communauté internationale avide de divertissement et de sensations fortes. Sur TikTok, Charli D’Amelio s’est imposée comme une référence, cumulant des millions d’abonnés et révolutionnant les codes de la danse et de la culture pop auprès de la génération Z.
Le podcast tire également son épingle du jeu. Alex Cooper a transformé son émission « Call Her Daddy » en un véritable espace d’expression libre, décrochant au passage un partenariat exclusif avec Spotify. Ces formats audio séduisent par leur intimité et la proximité qu’ils instaurent entre créateur et auditeur, loin des filtres habituels.
L’influence mondiale ne s’enferme plus dans un seul format. Dhar Mann diffuse ses mini-fictions aux messages sociaux sur YouTube et Facebook. Jake Paul et Kai Cenat jonglent entre Instagram, YouTube et Twitch, captant des publics variés, parfois antagonistes. Les marques, elles, misent sur cette capacité à toucher plusieurs audiences en même temps : Druski collabore avec Nike ou Adidas, Charli D’Amelio se retrouve au cœur des campagnes mode et beauté.
Pour mieux comprendre la diversité de l’offre, voici un aperçu des canaux qui façonnent cet écosystème :
- YouTube : laboratoire du format long et du storytelling immersif.
- TikTok : moteur de tendances aussi fugaces que virales.
- Podcasts : terrain d’expression approfondi et direct.
Ce bouillonnement constant redéfinit les frontières de la pédagogie : mobile, multicanal, résolument mouvant. À chaque époque ses porte-voix, à chaque génération ses modèles. Le fil conducteur reste intact : l’influence façonne le monde, à sa manière, un abonné à la fois.


