Index ING insee en pratique : exemples chiffrés pour vos marchés publics

L’index ING est un indicateur composite publié par l’INSEE qui retrace l’évolution des coûts dans le secteur de l’ingénierie. Dans les marchés publics, il sert de référence pour la révision des prix des prestations intellectuelles liées à la maîtrise d’œuvre, aux études techniques ou au conseil en ingénierie. Comprendre comment l’intégrer dans une formule de révision, puis l’appliquer sur des montants réels, évite les erreurs de calcul qui peuvent fausser l’équilibre financier d’un contrat.

Formule paramétrique de révision avec l’index ING

La clause de révision d’un marché public repose sur une formule paramétrique inscrite au CCAP. Dans sa forme la plus courante pour une prestation d’ingénierie, elle s’écrit :

P = P0 x [a + b x (ING / ING0)]

Chaque terme a un rôle précis :

  • P0 : le prix initial du marché, tel qu’il figure dans l’acte d’engagement. C’est la base de calcul.
  • a : la partie fixe, non révisable. Elle représente la marge incompressible. Sa valeur est souvent comprise entre 0,10 et 0,20.
  • b : le coefficient appliqué à la part variable, directement indexée sur l’évolution de l’index ING. La somme a + b doit toujours être égale à 1.
  • ING : la valeur de l’index ING à la date de révision (date d’exécution de la prestation ou date contractuelle fixée au CCAP).
  • ING0 : la valeur de l’index ING à la date de référence, généralement le mois d’établissement des prix ou le mois précédant la remise de l’offre.

Le rapport ING / ING0 traduit la variation des coûts d’ingénierie entre la signature du marché et l’exécution. Si l’index monte, le prix révisé augmente. S’il baisse, le prix révisé diminue.

Professionnelle expliquant les formules de révision de prix avec l'index ING INSEE lors d'une réunion de marché public

Exemple chiffré : révision d’un marché de maîtrise d’œuvre

Prenons un contrat de maîtrise d’œuvre d’un montant initial P0 de 100 000 euros HT. Le CCAP prévoit a = 0,15 et b = 0,85. La date de référence des prix correspond à un mois où l’index ING0 vaut 112,0 (valeur fictive à titre pédagogique).

Six mois plus tard, lors de l’exécution d’une tranche, l’index ING est passé à 115,4. Le calcul donne :

P = 100 000 x [0,15 + 0,85 x (115,4 / 112,0)]

Le rapport ING / ING0 = 115,4 / 112,0 = 1,03036 (arrondi). La part variable révisée vaut donc 0,85 x 1,03036 = 0,87581. Le coefficient global est 0,15 + 0,87581 = 1,02581.

Le prix révisé P atteint 102 581 euros HT, soit une hausse d’environ 2,6 % par rapport au prix initial. Ce montant reflète strictement la hausse des coûts d’ingénierie mesurée par l’INSEE sur la période.

Cas d’un index en baisse

La tendance récente de l’indice ING (base 2021) montre une stabilisation puis un léger repli depuis mi-2025. Si l’index passe de 112,0 à 110,2, le rapport tombe à 0,98393. La part variable révisée vaut 0,85 x 0,98393 = 0,83634. Le coefficient global est 0,15 + 0,83634 = 0,98634.

Le prix révisé descend alors à 98 634 euros HT. La révision fonctionne dans les deux sens, ce qui protège l’acheteur public en période de reflux des coûts.

Choix de la date de référence et décalage de publication INSEE

L’un des pièges les plus fréquents concerne le décalage entre la date contractuelle et la disponibilité réelle de l’index. L’INSEE publie les index Bâtiment, Travaux publics et divers de la construction avec un retard de plusieurs mois. L’index d’un mois donné n’est souvent disponible que deux à trois mois plus tard.

Le CCAP doit donc préciser comment gérer ce décalage. Deux approches existent :

  • Utiliser le dernier index connu à la date de la demande de paiement, puis régulariser une fois l’index définitif publié.
  • Fixer contractuellement un mois de référence antérieur (par exemple « le mois M-3 par rapport à la date de réalisation ») pour garantir la disponibilité de la donnée au moment du calcul.
  • Prévoir une clause de régularisation rétroactive qui ajuste les acomptes versés dès que l’index définitif paraît.

Ne pas anticiper ce point génère des retards de paiement ou des litiges sur le montant dû. Vérifier la clause de décalage au CCAP avant de répondre à un appel d’offres est une précaution qui évite ces situations.

Mains annotant un contrat de marché public en s'appuyant sur les données chiffrées de l'index ING de l'INSEE

Changement de base INSEE et raccordement des séries

L’INSEE modifie périodiquement la base de référence de ses indices. Le passage d’une base à une autre (par exemple de la base 2015 à la base 2021) peut créer une rupture dans le suivi d’un marché pluriannuel. Fin 2025, l’INSEE a arrêté la publication de plusieurs indices des prix à la consommation en base 2015, sans toujours fournir un coefficient de raccordement immédiat.

Pour l’index ING, la logique est identique. Si un marché signé en base 2010 court encore, il faut appliquer un coefficient de raccordement entre l’ancienne et la nouvelle base pour que le rapport ING / ING0 reste cohérent. Ce coefficient est calculé en divisant la valeur de l’index dans la nouvelle base par sa valeur dans l’ancienne base, sur un même mois de chevauchement.

Un CCAP bien rédigé prévoit cette situation avec une clause stipulant que tout changement de base donne lieu à un raccordement mathématique transparent, sans renégociation du contrat.

Clause de sauvegarde et seuil de déclenchement

Depuis les fortes variations de coûts post-2020, de nombreux acheteurs publics intègrent une clause de sauvegarde dans leurs marchés. Cette clause fixe un seuil au-delà duquel les parties peuvent demander une renégociation si la révision par l’index ING ne suffit plus à couvrir la hausse réelle des coûts supportés par le prestataire.

Le seuil est généralement exprimé en pourcentage de variation du prix révisé par rapport au prix initial. La clause de sauvegarde complète la révision de prix sans la remplacer. Elle intervient uniquement en cas de bouleversement économique imprévisible, là où la formule paramétrique atteint ses limites.

Lors de la rédaction d’une réponse à un marché public, identifier la présence (ou l’absence) de cette clause dans le CCAP conditionne l’évaluation du risque financier sur toute la durée du contrat. Un marché sans clause de sauvegarde ni révision de prix expose le titulaire à absorber seul les variations de coûts, ce qui pèse directement sur la viabilité de l’offre.

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